« Bras levé, tête haute » le Boug Hollande a tiré sa révérence. Le 7 mai dernier, l’autoproclamé « Boss du Politique Game » s’est fendu d’un tweet de remerciement adressé à ses 13.700 followers après quatre années passées à associer deux éléments antinomiques aux premiers abords : la prose de Booba et l’actualité de l’ancien président de la République François Hollande.

Une gageure tout droit sortie de l’esprit de Jonathan*. En janvier 2013, cet étudiant en économie âgé d’une vingtaine d’années ouvre le compte Twitter @LeBougHollande : le visage de François Hollande et sa fonction de président de la République allié au corps bodybuildé et la plume corrosive du maître des métagores. Autant l’ancien Premier secrétaire du PS est affable et pondéré autant le Boug Hollande, à qui il prête ses traits, est arrogant et vindicatif à l’instar des textes et de la personnalité clivante du Duc de Boulogne. Un contraste qui fait tout le comique de ce compte qui fait la jonction parfaite entre rap et politique, deux domaines où la punchline est un art à part entière.

Dans l’oeil du Boug

Le résultat est savoureux pour peu que l’on s’intéresse aux affaires publiques et à la discographie de Booba puisque les premières sont traitées sous le prisme de la seconde. Aussi, lorsque B2O fredonne en guise d’incipit dans le tube DKR, « c’est pas le quartier qui me quitte, c’est moi j’quitte le quartier », le Boug détourne la phrase pour s’amuser de la décision de François Hollande de renoncer à briguer un second mandat.

Quand Booba évoque le parcours semé d’embûches d’un jeune immigré dans le titre Jimmy( « Jimmy est arrivé en France croyant trouver liberté égalité, mais en réalité contrôles d’identité, violences policières / Jimmy a tout d’suite pigé qu’il faudrait niquer des mères » ), le Boug Hollande s’en sert pour ironiser sur les ennuis judiciaires rencontrés par l’ancien ministre du budget Jérôme Cahuzac poursuivit et condamné pour blanchiment de fraude fiscale.

Tout aussi drôle, la musique du rappeur interfère également sur les publications du Boug. Lorsque le Boulonnais publie en 2015 l’album D.U.C qui compte des collaborations avec Future ou encore le feu 40.000 Gangson avatar annonce également la sortie du projet qui comprend pour sa part des featuring avec Angela Merkel, Christiane Taubira et… 40.000 Socialistes.

Promesse d’inversion de la courbe du chômage, relations houleuses avec l’opposition, remaniements ministériels : tous les faits marquants du quinquennat Hollande son revisités et le télescopage entre la perception que l’on peut se faire de l’ancien député de Corrèze et l’image complètement badass que lui confère le Boug Hollande en utilisant les saillies de Booba est simplement tordante. Poilade garantie pour le twittos un tant soi peu politisé qui aura su capter les références à l’actualité habillées des couplets de l’ex moitié de Lunatic. Mais comme celui que certains éditorialistes se plaisaient a nommer « Flamby », Le Boug doit plier bagages et quitter l’arène. La victoire d’Emmanuel Macron pose alors la question du futur de l’avatar parodique de son prédécesseur.

Stop ou encore ?

S’il a d’abord songé à tout arrêter et laisser le compte « à la postérité », Jonathan envisage désormais de poursuivre l’aventure avec le nouveau locataire de l’Elysée. « Macron va sûrement être contesté. Il aura des ennemis, des détracteurs tout en étant chef de l’État. Il est possible qu’il passe ses lois en force… En somme un climat propice pour faire un parallèle avec Booba », analyse-t-il pour OtoTune.

Cohérent. En mars dernier, 20 Minutes relevait déjà de nombreuses similitudes entre le jeune président et le rappeur exilé à Miami notamment leur rapport décomplexé à l’argent et leur attrait pour la culture anglo-saxonne. Libéral et issu du monde de la finance, l’ex banquier de chez Rotschild pourrait constituer un doppelgänger parfait pour Booba. « Il faudrait tout de même attendre quelques mois histoire que sa personnalité se dessine bien », prévient Jonathan. « Mais on pourrait déjà commencer avec un « J’arrête des carrières pour de vrai ! » ». 

Les opinions politiques de l’ex ministre de l’Economie sur la mondialisation, le travail ou encore les minimas sociaux constituent également des pistes intéressantes pour le développement du futur avatar juge-t-il. « Booba tacle souvent ses ennemis sur le fait qu’ils se satisfont d’un rien : « Touche ta SACEM, va t’acheter du thon et un paquet de pâtes. » On pourrait faire pareil avec Macron et les « assistés ». Je mets des guillemets car je ne l’ai jamais entendu utiliser ce terme assez péjoratif. Mais c’est de notoriété publique qu’il mène une guerre à ceux qui se contentent, entre autre, du RSA. Du coup, il y a moyen de faire quelque chose effectivement. »

Poor lonesome Hollande

En attendant qu’Emmanuel Macron s’affirme dans son nouveau costume de chef de l’Etat, Jonathan fait le bilan. L’étudiant estime avoir contribué à améliorer la perception de François Hollande auprès du public comme ont pu le faire à une époque Les Guignols de l’Info avec Jacques Chirac. « J‘ai kiffé tenir ce profil. Je redorais de manière indirecte l’image du président, en le faisant paraître moins « mou » d’une part, et de l’autre en attaquant sa concurrence beaucoup plus sauvagement que ne pourrait le faire un chef d’État. En plus de ça, je tenais les gens informés de l’actualité tout en les divertissant un peu donc c’est vraiment cool ». 


Si à première vue le bilan du futur ex locataire de l’Elysée est pour le moins mitigé, Jonathan estime que l’Histoire lui rendra justice. « En tout cas, depuis qu’il a annoncé son retrait la vague de haine à son égard s’est calmée. Je pense même que dans un avenir plus ou moins proche les gens seront nostalgique de François Hollande », explique-t-il. Les derniers seront les premiers.

* Le prénom a été modifié

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